[FR] Interview: Le collectif Dur et Doux partage la mixtape “Paris Sous Les Dombes”

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Suite à notre dernière mixtape
qui nous offrait un regard sur la scène underground de jazz à Johannesbourg, PARISSOWETO a cette fois fait équipe
avec la bande de mabouls de DUR ET DOUX,
un collectif musical issu des sous-sols lyonnais.

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DUR ET DOUX, c’est une bande d’irrévérencieux, virevoltant entre les portes de l’enfer et le nirvana. Mais surtout, ils dédient leur vie aux génies décalés et dissonants issus des grands crus de free jazz, noise, stoner/drone, punk sur Lyon et ses alentours : CHROMB, Brice et Sa Pute, PoiL, Ni, UkanDanz… C‘est la bande-son de leur univers parallèle, et nous avons rencontré Clément pour en savoir plus sur son collectif et les groupes présents sur la mixtape.



PARISSOWETO : Salut ! Comment appellerais-tu cette mixtape ? Peux-tu la décrire en quelques mots ?

DUR ET DOUX : Salut, cette mixtape pourrait s’appeler ‘Grosse tranche de viande indigeste pour boulimique sauvage ou La compréhension par la latence de l’équation Musique Business / Ça Marchera Jamais.’ En quelques mots, cette mixtape est longue et bonne, elle est dure et douce elle va bercer et bouleverser ton karma de petit dauphin puritain. C’est parti, tu en as pour deux heures avec la musique française d’aujourd’hui. Alors lâche les chiens, coule-toi un bain, sers-toi une pinte de rhum, avale un quart d’acide et laisse-toi porter, si t’arrives à la fin et que tu es encore chargé tu peux recommencer du début… Allez, ça va bien se passer !

Parle-nous un peu de Dur et Doux : à quoi ressemble l’équipe, comment travaillez-vous ? Comment dénichez-vous des groupes ?

A l’origine, Dur et Doux est une structure d’hébergement simple pour groupe de rock orphelin, une personne morale avec un compte en banque, une licence d’entrepreneur du spectacle, un président, un trésorier, une bande de potes. Petit à petit, depuis 2008, Dur et Doux a muté pour devenir un collectif de musiciens réunissant aujourd’hui une quinzaine de formations musicales de Lyon et ses environs avec une idée en tête : « Ça marchera jamais, allons-y ensemble, tête baissée droit dans le mur ! » ou plus simplement « Bonzaï ! » ou « かめはめ波 ! (Kam é Hamé Ha). »

Dur et Doux, c’est avant tout des musiciens qui mutualisent leurs moyens de production, de communication, une fourmilière de projets improbables peu ou pas représentés dans le music business. Depuis fin 2010, Clément (qui vous parle) s’occupe du travail papier (contrats, booking, financements, com, RP, production…). En 2015 Adrien vient grossir les rangs du bureau et prend en main l’administration. Depuis 2016, Julius renforce l’équipe et prend le relais sur le booking. Nous travaillons également avec cinq supers régisseurs son/lumière/àtoutfaire.

Dénicher des groupes se fait un peu naturellement, par coup de foudre et coup de cœur. La scène musicale lyonnaise est assez hyperactive et nous nageons en plein dedans, chaque année, on voit naître deux ou trois nouveaux projets dont on s’occupe assez naturellement.

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PoiL
Pour nos auditeurs sud-africains, comment décrirais-tu la scène musicale représentée ici ?

C’est une scène sauvage, nouvelle et hyperactive, tant en termes de concerts que de sorties discographiques. En ce qui concerne Dur et Doux, nous sommes dans le transgenre, nous tournons autour du rock sans s’y empêtrer, ce sont des musiques nouvelles ou d’avant-garde mais on s’en fout, c’est de la musique avant tout !

En Afrique du Sud il n’existe pas vraiment d’infrastructure pour ce genre de musique et des groupes ont du mal à tourner ; alors pour mettre les choses en perspective, sur combien de tournées bossez-vous en ce moment ?

En France non plus il n’y a pas des masses de structures pour représenter ce genre de musique (cf. Ça Marchera Jamais). En même temps c’est logique, c’est compliqué de générer de l’argent en défendant ce type de musique, c’est un investissement sans fin voire un gouffre dans lequel ne s’engagerait jamais une structure purement commerciale, mais ça en vaut la peine. On voit pas mal de nouvelles structures émerger, principalement des collectifs fonctionnant plus ou moins sur le même format que Dur et Doux, à 360° du disque à la scène.

En ce moment, nous bossons sur des tournées pour quasiment l’ensemble du collectif sur 2016 et 2017 et sur cinq productions discographiques dont vous pouvez trouver des extraits dans la mixtape.

 Est-ce que tu peux nous parler un peu plus des groupes qu’on retrouve dans la mixtape ? Quels sont les derniers coups de cœur chez Dur et Doux, de qui êtes-vous particulièrement fiers, etcetera… ?

Dans la mixtape, nous avons pris le parti de mettre un titre de chaque projet du collectif, ça aurait été difficile d’en oublier un ! Du coup le choix s’est fait par affinité, et en piochant dans les sorties récentes. Ce serait drôle de faire une compilation de vieux trucs ! Nous avons ajouté quelques bonnes découvertes de ce début d’année 2016 histoire de renforcer le quota de ‘chanson française’ parce que sinon on était un peu juste : les Gros Oiseau avec leur Mauvaise Vibes ; ainsi qu’Amour Fou, un splendide duo RnB’ qui redonne le goût du mauvais goût.

Nous avons commencé par notre grande fierté, enfin la mienne en tout cas !  Brossaklitt de PoiL et son heure de musique intense et tordue, un voyage dont on ne revient pas ou alors changé. Le visuel de Lila Mala lui va comme un gant. Il est sorti en double vinyle en gatefold, je crois que nous étions totalement inconscients des gouffres financiers quand nous nous sommes lancés dans ce projet ! PoiL est un trio (claviers/batterie/basse & guitare) inclassable et insolent.

« Fionosphère », le titre d’ouverture de la mixtape bourlingue entre les gamelans balinais, le vrombissement d’un moteur de poids lourd lancé à fond de balle sur la route 66 et un tournois d’hotakus aux yeux exorbités dans une salle d’arcade au 7e étage d’un immeuble d’Akihabara. Je me rappelle avoir passé une journée de répétition dans la cave de Guilhem (batterie) à Saint-Romain-de-Popey en décembre 2013. Un mois avant l’enregistrement, les mecs étaient enfermés depuis quelques semaines à bosser autistiquement deux mesures pendant des journées entières par 12°C. Une fois de plus je me suis dit : « Ça marchera jamais ! ».

Le deuxième morceau fait redescendre la pression, il est du trio Herr Geisha & The Boobs (deux guitares et une batterie), sur l’album sorti en 2014. Il m’a fait chialer une bonne dizaine de fois et avait sa place ici. De toute façon on ne pouvait pas mettre le dernier album (Book of Mutations) puisque c’est un album concept constitué d’un seul morceau de 50 minutes (que je recommande vivement !)

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Ni (photo : Jean-Christophe Mazuec)

Ça va faire un peu linéaire, mais nous allons parler du troisième morceau, « Torfesor » de Ni, sorti il y a un an sur l’album Les Insurgés de Romilly. Encore un magnifique gatefold illustré par Jacques Deal (#Çamarcherajamais). Ni est sans doute une des plus grosses tartes live du collectif avec leurs comparses de PoiL avec qui ils tournent d’ailleurs régulièrement et ont fondé un super groupe concupiscence : PinioL. Le quatuor (basse / deux guitares / batterie) retourne les cerveaux sur fond de grosse basse tranchante, dans un bain de larsens et de polyrythmies dont les danses mongoliennes et les headbanging scandinaves ne peuvent réchapper.

Allez ouf, nous zappons un titre pour passer au 5ème track : « Suis-je assez pauvre ? » de Brice et sa pute, sorti tout récemment sur l’EP Célibataires. Brice et sa pute est un duo chant / basse palettes quelque peu au large de la musique, rayonnant dans un genre indéfini entre le punk minimaliste et la performance théâtrale. Brice et sa pute est le début de tout, le sein qui a donné le lait fermenté à toutes les petites pouliches de Dur et Doux, le pourquoi du comment, l’œuf et la poule. Bref, si tu t’en passes t’as rien compris ! Ils ont enregistré ce morceau l’été dernier après une longue nuit de fête et de cuite à bout de souffle avec la bite et le couteau. Le résultat est brut et indomptable, il est pour toi public francophone !

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BRICE ET SA PUTE / photo de presse

Et paf, nous sautons à nouveau un ligne pour atterrir au 12ème morceau : « L’âne rouge » de L’Effondras paru il y a un peu plus d’un an sur le premier album du groupe. C’est encore une grosse tranche sirupeuse. Désolé, cher auditeur, nous ne faisons pas trop dans les standards radiophoniques, mais si tu vas au bout des deux heures de mixtape tu as le droit à un bonbon en forme de maison des fous espagnole, un bon coup de pied au cul et au lit !

Mais revenons-en à nos bressans. Le trio de L’Effondras (deux guitares/batterie) est arrivé dans le collectif par le biais de Ni (avec qui ils partagent un batteur), comme pour tous les projets, c’est un musicien et un coup de foudre qui déclenchent l’entrée dans Dur et Doux. Étant assez fan de rock lourd lent et sombre, L’Effondras n’a pas mis longtemps à me séduire. Ils jouent de longs morceaux lents et pénétrants, magnifiques voyages sur lesquels tu peux à ta guise coller des paysages et des ambiances et laisser ton esprit s’échapper.

Evidemment, c’est dur de faire le tri dans les groupes du collectif, nous les aimons tous fort fort fort, je suis super fier des dernières sorties, que ce soit l’album de Ukandanz, de L’Effondras ou de Herr Geisha… / ♥ FIN.

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L’Effondras (promo)

† LA TRACKLIST COMPLÈTE †
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Illustration de la pochette : Willy Ténia
  1. PoiL – Fionosphere
  2. Herr Geisha & the Boobs – Shadows
  3. Ni – Torfesfor
  4. Des Lalles – Twist2
  5. Brice et sa pute – Suis-je assez pauvre ?
  6. Icsis – Tigre
  7. Mercy – Animals
  8. Jihad – Drone
  9. Saint Sadrill – Tree
  10. Amour Fou – Anarcho parade in Italia
  11. Vil Francois – Les couleurs du café
  12. L’Effondras – L’Anne Rouge
  13. Ukandanz – Sewotch men Yelalu
  14. Gros Oiseau – Mauvaise Vibes
  15. Viles Imbecile – When Cupid Fuck
  16. Pili Coit – Holy House
  17. Sheezaheee – Snooze
  18. Pig Rider – Dry und wunderbar sound
  19. Chromb – Maloyeuk
    ∇ BONUS TRACKS ∇
  20. La Degustacion – ¿Como te llamas?
  21. Gwyn Wurst – Impro Bzez

DUR ET DOUX 

http://www.duretdoux.com
http://www.duretdoux.bandcamp.com
http://www.facebook.com/duretdoux


 

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