Bonheur et liberté : Découvrez Parissoweto Vol. 8, compilée par Sam Turpin

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Sam Turpin (29 of 66)
Sam Turpin. Photo credit © Andile Buka

Parissoweto est de retour ! Pour cette édition, le rappeur et producteur sud-africain Sam Turpin a compilé une playlist brillante et optimiste qui explore les créations des beatmakers, influenceurs et les grands fervents du hip-hop underground et des scènes électro d’Afrique du Sud et d’ailleurs. Il présente ici, des titres originaux et des remix qui respirent l’amour, fruits de collaborations colorées :

De l’électro-famo du berger Sotho devenu rappeur, Morena Leraba, en featuring avec Andre Geldenhuys et le regretté DJ Spoko  du Fantasma  crew, en passant par Nonku Phiri accompagnée du DJ et producteur portugais Branko, ou encore le versatile artiste angolais Diron Animal en jam avec Spoek Mathambo, cette playlist est marquée par le besoin de créer et collaborer au-delà des frontières.

L’artiste belgo-congolais Baloji, lui, a rencontré Saul Williams à Anvers pour donner une nouvelle tournure à son titre afro-électro Unité et Litre, en featuring avec WELL$ et Alec Lomami du collectif Immaculate Taste. Sam lui-même est impliqué sur ce titre, pour avoir enregistré les couplets d’Alec Lomami dans sa chambre.

Sam Turpin, 24 ans, a grandi dans le Johannesburg post-apartheid et a été exposé au hip-hop très jeune. Il a commencé à faire ses premiers sons au lycée et a rapidement utilisé le rap et la production musicale afin d’exprimer ses émotions et tenter de faire face à la perte de sa mère en 2011. Surmontant la dépression par la musique, Sam a mis en ligne ses premiers clips vidéo et EP en ligne, collaborant avec des artistes locaux ainsi que du reste du continent africain (Ghana et Congo), des États-Unis et d’Europe. En août 2017, il a mis en ligne gratuitement sa première mixtape complète “4am in Jozi”.

Nous avons approché Sam pour qu’il réalise une playlist pour Parissoweto en lui donnant totalement carte blanche. Et voici ce qu’il propose:
Nous avons également discuté avec lui afin qu’il  nous fasse part de ses réflexions sur le choix des morceaux de cette compilation, mais aussi plus largement sur la création musicale. 

PARISSOWETO: Salut Sam, merci beaucoup d’avoir réalisé cette playlist ! Comment as-tu choisi les morceaux de cet album ? La compilation donne une forte impression de cohérence et d’harmonie, mais ce n’est pas nécessairement lié au genre: as-tu choisi de créer cette ambiance chaleureuse en particulier ou est-ce simplement arrivé naturellement ?

SAM TURPIN: Merci ! Ce sont tous des morceaux que j’écoute de toute façon, comme leur musique en général – ce sont tous des artistes incroyables et j’ai la chance de connaître certains d’entre eux personnellement, c’est donc un peu comme une photographie de mon iTunes [rires]. Pour ce qui est de l’atmosphère, je n’ai pas cherché à la créer, mais j’ai dû établir une cohésion en utilisant les ambiances et le rythme de chaque chanson, presque comme le fait un DJ avec un set – j’ai un respect fou pour les DJ, car ce n’est pas facile.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur certaines des chansons et artistes que tu as sélectionnés pour cette playlist ?

Il y en a plusieurs qui me sont proches. La chanson de Langa & Illa est spéciale car ce sont tous deux de bons amis et j’ai eu le grand privilège de travailler avec eux sur mes propres projets. Celui avec Alec Lomami est spécial aussi parce que nous avons enregistré ses couplets dans ma chambre, [rires]. Tout le crew de Immaculate Taste est vraiment génial ! En général, ces artistes sont tous des gens extraordinaires qui donnent vie à un art très spécial.

La playlist présente non seulement des artistes sud-africains, mais également de France, du Congo, du Mali, d’Angola et même des États-Unis, ce qui donne un son plutôt «interculturel» et international. Est-ce un son ou une approche spécifique que tu recherches également dans ton propre travail de producteur / artiste ? Ou as-tu une approche beaucoup plus directe du processus permettant d’obtenir une certaine expérience sonore ou esthétique?

C’est fait de façon non intentionnelle. Le problème avec la collaboration est que ça doit être authentique et fonctionner. Ça ne peut pas être forcé, donc si deux artistes d’origines très différentes vibrent et se rejoignent facilement sur un morceau de musique, c’est génial. Je pense que toutes sortes d’étiquettes sur le genre, la culture, etc., devraient être apposées après la création, indépendamment de la personne impliquée – mais en même temps, la politique est inévitable, nous devrions tous nous rejoindre, honnêtes dans nos intentions, et avec un peu de chance, en faire quelque chose de beau. Globalement, dans l’histoire, les hommes ont été très divisés – mais s’unir ne veut pas dire perdre ce qui est unique en nous. Donc, garder sa propre culture et sa langue et en être fier dans son travail est beau et digne en soi, et plus encore grâce à une collaboration.

Qu’est-ce qui te motive personnellement en tant qu’artiste et producteur?

Le sentiment de bonheur. J’étais très déprimé à un moment de ma vie et la musique était la seule chose qui me faisait me sentir à nouveau normal. Je poursuivais ce bonheur. Le bonheur et aussi la paix. La musique a le pouvoir d’unir les gens. J’ai le bonheur de savoir que les gens qui écoutent et aiment ma musique viennent de partout et ont vécu une myriade d’expériences de vie différentes. Et c’est un vrai bonheur.

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Sam Turpin à Soweto en mars 2019. Photo crédit © Jabulani Nyembe

Qu’aimes-tu dans la scène hip-hop française  ? Comment la comparer à celle d’Afrique du Sud ?

Il est difficile de répondre car je ne connais pas toute la scène hip-hop française. Je connais des artistes et ce que j’ai entendu est génial ! Je veux dire, vraiment génial !! Ils ont un son incroyable et ont été en mesure de mélanger des styles classiques avec les sons de trap plus modernes, et cela fonctionne à merveille ! La scène sud-africaine est si diversifiée et dynamique qu’il est difficile de la comparer à ce qui se fait en France. Nous avons également un son très mainstream qui se mêle aux classiques, mais les deux sont tellement différents et tellement cool qu’ils ne peuvent pas vraiment être comparés – je pense que l’Afrique du Sud est beaucoup plus cool cependant, mais écoutez vous-même ! Dans le monde francophone plus largement, je pense que l’Afrique produit des choses supers, comme cela a toujours été le cas ! Mais on ne le voit pas toujours en Afrique du Sud. Je pense qu’il y a un problème. En tant que continent, nous sommes toujours très divisés entre francophones, anglophones et lusophones, etc. Il est donc difficile pour les artistes de percer chez les autres, à moins qu’ils ne fassent vraiment les progrès linguistiques nécessaires, même s’ils sont incroyables ! Par exemple Aya Nakamura est tellement incroyable et elle est si importante en Afrique francophone, mais elle est à peine connue dans les pays anglophones. Tout cela est encore pire car ce sont les langues coloniales qui continuent à diviser, c’est tellement injuste et nous avons vraiment besoin de chercher de vraies solutions pour surmonter le problème, nous devons tous pouvoir communiquer ensemble ! Je pense que c’est possible.

Tu sembles avoir un intérêt considérable pour la francophonie et la musique émanant non seulement de la France mais de l’Afrique francophone. Je crois que tu as passé du temps en France et à l’étranger, n’est-ce pas ? Ça te dérange de parler de tes voyages et de ton  intérêt général pour les sons en provenance d’Afrique francophone ?

J’ai passé très peu de temps en France – j’ai de la famille à Bordeaux et des amis à Paris et j’y suis déjà allé à l’occasion, mais je n’y suis pas resté. J’ai eu le privilège de voyager aussi au Sénégal et en Égypte d’où ma grand-mère est originaire (elle a reçu une éducation en français à Alexandrie) et aussi de rencontrer des amis en Afrique du Sud qui viennent du Congo, de Côte d’Ivoire, du Cameroun et du Rwanda – je suppose donc que c’est ma vision du monde francophone et qu’elle est marquée par mes incroyables amis et ce qu’ils ont partagé avec moi. Ainsi, par exemple, mes amis congolais m’ont beaucoup appris sur la Rumba et la pop africaine, tout comme mon cousin bordelais qui a partagé avec moi des albums de hip-hop français incroyables.

Nous aimerions maintenant creuser du côté de ton esthétique visuelle, qui est très importante. Pourrais-tu développer un peu sur tes influences et réflexions à cet égard? Ton frère, Joe Turpin (qui a fait la couverture de la playlist) est également plasticien. Comment votre éducation et votre esthétique actuelle sont-elles liées? Collaborez-vous souvent?

C’est assez difficile pour moi d’y penser ! Notre mère était photographe (l’activiste anti-apartheid, Gisèle Wulfsohn). Mon frère et moi avons donc eu la chance de grandir dans un environnement rempli d’œuvres d’art et de photographies. Les arts visuels ont toujours fait partie de ma vie et je savais très tôt que c’était un moyen d’expression efficace. On pourrait dire que j’avais de très nombreuses références. Personnellement, j’aime beaucoup la mode, en particulier les designers africains qui comptent parmi les meilleurs au monde. C’est un moyen de s’exprimer ! Je suppose donc que c’est ce qui façonne mon esthétique visuelle pour ce qui est de mes clips et ma pochette, mais j’ai l’impression que je ne le fais pas consciemment, c’est tout simplement naturel pour moi ! Mon frère et moi ne collaborons pas très souvent, bien que nous ayons fait ensemble une exposition commune en 2016 appelée “No Holding Bars” à Johannesburg, nous espérons faire beaucoup de choses ensemble à l’avenir !

Où va actuellement la musique sud-africaine, en particulier les «scènes» que tu soutiens et auxquelles tu prends part ?

Je ne peux pas parler pour tout le monde, seulement pour moi-même, j’ai eu le grand privilège de disposer de plateformes pour me produire et m’exprimer – même en tant qu’artiste underground et très différent de ce à quoi on peut s’attendre, et je pense qu’en soi, ça montre que les espaces prospèrent et se portent bien ! Je suis très confiant pour ce qui est de la scène musicale sud-africaine, il y a littéralement quelque chose de nouveau à entendre chaque jour.

Quels artistes (émergents ou non) recommandes-tu aux gens d’écouter? Quelque chose qui t’a particulièrement enthousiasmé ? Et que recommanderais-tu aux personnes qui ne connaissent pas ces scènes et qui voudraient s’y aventurer ?

Je recommanderais aux gens d’écouter également le travail de ByLwansta, Luh-Ra, Red Robyn et Bye Beneco. Illa et moi avons un groupe appelé Cold Chinese Food qu’on pourra écouter prochainement ainsi qu’un plus grand collectif appelé Charles Gene Suite – une musique vraiment incroyable et les gens devraient absolument garder un œil dessus !


Retrouvez la musique de Sam Turpin :

Twitter | FacebookSoundcloud Bandcamp | Instagram




PARISSOWETO VOL. 8 | 
LA TRACKLIST COMPLÈTE

1.  Langa Mavuso – Vivid Dreams (ILLA N’s WeHeartBeat Re – Edit) | AFRIQUE DU SUD | Combine une soul urbaine, un rythme hip hop electronique avec du jazz acoustique

2.  BRANKO – “Let Me Go” (feat. Nonku Phiri & Mr Carmack)

  • Nonku Phiri –artiste electro/dance alternative et prolifique | AFRIQUE DU SUD
  • Branko – DJ/Producteur | PORTUGAL
  • Mr Carmack – DJ/Producteur | US

 


3.  Fatoumata Diawara – “Sowa” (Alex Garett and Greg Herma edit) | MALI
Fatmoumata Diawara est l’une des musiciennes contemporaines les plus en vue de l’Afrique de l’Ouest est réputée dans le monde entier pour son mélange contagieux de blues-funk maliens et d’afro-folk.
Titre remixé par Alex Garett et Greg Herma | FRANCE


4.  Ibaaku – “Yang Fogoye” | SENEGAL
Artiste / producteur sénégalais d’avant-garde, il oscille entre hip hop, soul, jazz et folk. Ce titre est sorti sur le label ghanéen Awkaaba.


5.  Joey le soldat – “Bas Néré” | BURKINA FASO
Joey le Soldat est originaire du Burkina Faso où il a sorti son album BURKIN BÂ, distillant hip-hop, électro et ragga, il est produit par les beatmakers français Redrum, DJ Form, 76’os. L’album est sorti sur Awkaaba (Ghana).

6.  Jovi – “48 Hours To Libreville” (produit par Le Monstre) | CAMEROUN
Jovi est un rappeur éminent de Douala qui s’est également taillé une réputation en tant que Le Monstre et a été nominé pour le MTV Award du meilleur artiste francophone.


7.  Baloji – “Unité & Litre” (Remix Feat. Saul Williams, Well$, et Alec Lomami) | BELGIQUE| CONGO | ETATS UNIS
L’artiste belgo-congolais Baloji a rencontré à Amsterdam l’icône du rap/soul américain Saul Williams pour donner une nouvelle tournure à son titre afro-électro Unité et Litre, ainsi que les rappeurs américano-congolais WELL$ et Alec Lomami.


9.  Petite Noir – Radio Noirwave (Demo) | CONGO/AFRIQUE DU SUD
L’inimitable Yannick Ilunga est le cerveau derrière Petite Noir et son mouvement ‘noirwave’, l’expression musicale de sa vision du monde (sans frontières).


9.  Bongeziwe Mabandla – “Mangaliso” | AFRIQUE DU SUD
Il mélange folk, reggae, maskandi, afro-rock et pop sud-africaine avec son style unique.

10.  THE BL∆CK HE∆RTS CLUB – Nowhere’s Now Here | ETATS-UNIS/CONGO
Du producteur WELL$, présenté aussi sur le titre 7.

11. NAKHANE – Christopher | AFRIQUE DU SUD
De l’album «Brave Confusion» (2013), l’artiste indie / électro sud-africain Nakhane (alors Nakhane Touré) a accompli un immense travail de création: il a publié son premier roman, Piggy Boy Blues en 2015, et a tenu le premier rôle dans le film salué par la critique, Inxeba – The Wound (Les initiés, 2017), il a maintenant déménagé à Londres, où sa carrière de musicien explose.

Déjà présenté sur Parissoweto Vol. 2:


12.  Diron Animal – NCrazy (feat. Spoek Mathambo) | ANGOLA | AFRIQUE DU SUD | De la musique traditionnelle angolaise à un groupe de capoeira, en passant par un projet hip hop, Diron Animal a eu plusieurs casquettes. Il se concentre désormais sur la dance, l’afro-beat et le hip-hop en passant par le funk et le coupé décalé. Spoek Mathambo est le doyen peu orthodoxe de la nouvelle vague et du hip-hop sud-africain. Il dirige le projet Fantasma, mélange de musique électronique, deep house, hip hop, rythmes ancestraux et psychédélisme.

13. Sho Madjozi – “Village Dreams| AFRIQUE DU SUD
Auteure-compositrice, rappeuse et poète, Sho Madjozi est originaire du Limpopo. Elle est connue pour avoir rappé dans sa langue maternelle, le tsonga, et a acquis une notoriété après avoir publié le single à succès Huku.


14. MHD – AFRO TRAP Part. 7 (La Puissance) | FRANCE
Né à Paris MHD est le roi d’Afro-Trap, un style qu’il a lui-même inventé et une réputation qu’il a acquis en publiant des freestyles sur YouTube. Regardez le documentaire que The FADER a réalisé avec MHD, intitulé «La Puissance».

15. Naza – Sac A Dos | CONGO/FRANCE
Jean-Désiré Sosso Dzabatou, plus connu sous son nom de scène Naza, est un rappeur et chanteur français d’origine congolaise. Il est signé chez Bomayé Musik et a sorti deux albums, Incroyable et C’est la loi.

16. Morena Leraba, DJ Spoko and Andre Geldenhuys – Shongo Foo” | LESOTHO | AFRIQUE DU SUD
“Shongo Foo” est une collaboration des BeatLords de l’électro-famo Morena Leraba, berger devenu rappeur du Lesotho, André Geldenhuys et le regretté DJ Spoko d’Afrique du Sud (membres de Fantasma).


17. Sjava – Umama | AFRIQUE DU SUD
Célèbre acteur de la télévision sud-africaine (Generations, 7de Laan, Soul City), Sjava est originaire de Kwazulu-Natal et a acquis une énorme popularité en jouant de la musique afro-pop inspirée par la musique et le gospel zoulous traditionnels.

/ ♥ FIN.



Texte : Jannike Bergh
Traduction : Soraya Karimi
Photographies : Andile Buka, Jabulani Nyembe
Pochette : Joe Turpin

PARISSOWETO VOL. 8


 

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